De la nécessité de faire l’Europe

Notre génération se trouve à la croisée des chemins. Ceux d’entre nous, européens, qui ont grandi dans les années 1980-1990, ont expérimenté à la fois une période de hautes espérances et d’ouverture inédite sur le monde, et une période de désillusion, qui a généré d’importantes incertitudes économiques, culturelles et politiques.

Il est possible qu’à l’instar des générations qui ont suivi les deux guerres mondiales, notre grand défi sera de trouver notre voie, non dans le repli craintif face aux difficultés, mais dans l’élaboration de nouvelles solutions aux défis politiques et sociaux qui nous attendent. L’unique certitude réside peut-être dans la nécessité de juguler l’alternance perpétuelle entre le pessimisme immobilisant et l’optimisme naïf par la détermination et l’innovation.

Il faut une Europe politique, différenciée

Si nous ne voulons pas subir les forces endogènes et exogènes du changement, il est impératif de consolider la zone euro, même si cela implique le développement de coopérations renforcées et d’une Europe à plusieurs vitesses au détriment d’une Union européenne à 28 aujourd’hui en panne. Il est pour cela essentiel de consolider des règles de garantie et de proportion. La seule stratégie qui puisse nous permettre d’influencer le fonctionnement général de l’économie globale se fera par l’introduction d’outils et de mécanismes beaucoup plus ambitieux qu’ils ne l’ont été jusqu’alors.

Il s’agit tout d’abord de renforcer l’architecture de la zone euro en clarifiant les procédures budgétaires aujourd’hui illisibles et parfois même arbitraires. Il serait envisageable, à terme, de les compléter par de véritables mécanismes de solidarité. Il s’agirait aussi d’instaurer un gouvernement de la zone euro, doté d’un budget propre. Il serait également judicieux d’oser mettre en place un plan d’investissement pour l’Europe incommensurablement plus ambitieux que l’actuel plan Juncker et dont on pourrait imaginer la coordination assurée par un Trésor européen. Enfin, il s’agirait aussi de créer des dispositifs de solidarité entre les banques pour parfaire une union bancaire encore trop fragile et ainsi mieux prévenir les crises.

Une Europe citoyenne

Il est également nécessaire de sensibiliser les citoyens, de les impliquer dans un processus de construction qui les concerne, de mieux leur expliquer l’Europe et ses enjeux, de les rapprocher sans pour autant ignorer leurs différences culturelles qui, génératrices de conflits pendant tant d’années, devraient être aujourd’hui synonymes d’enrichissement mutuel plutôt que d’opposition. Il faut simplement avoir la volonté de participer à ce grand projet qui ne soit pas un simulacre des États-Unis d’Europe par mimétisme, mais qui nous appartienne à nous, européens.

Pour cela, il faut avoir le courage de se poser les bonnes questions et l’audace d’accepter de considérer l’Europe d’un point de vue différent, comme une architecture en mouvement et non pas comme un monstre à abattre. Des mesures concrètes de développement de la citoyenneté européenne existent, comme la création d’un Erasmus pour tous ou d’un service civique européen par exemple.

Se rendre compte que l’Europe se fait à Paris, Vienne, Prague, Rome, Berlin, Athènes, Madrid, Varsovie et non pas seulement à huis clos dans des bureaux de Bruxelles est indispensable pour faire vivre une Europe qui, comme le disait Robert Schuman lui-même lors de la création de la CECA en 1951 :  » ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble mais par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. » Il faudra à ma génération vision, ténacité, courage et audace pour défendre la construction européenne comme peu l’ont fait avant nous. Pour donner un nouveau souffle à un projet qui doit dépasser la sphère purement économique et s’insérer dans une volonté culturelle d’union avec des voisins dont nous nous sentons parfois éloignés par l’histoire, mais qui nous ressemblent tant.

Il est donc clair qu’a contrario des dires populistes de nombreux groupes politiques eurosceptiques aux quatre coins du continent, il est temps pour nous, européens, de prendre pleine conscience du dysfonctionnement d’une Europe qui, loin de l’idéal de ses débuts, s’est laissée envahir par la prééminence des souverainetés nationales, par l’élargissement de son périmètre sans approfondissement de sa structure, par une démarche déséquilibrée qui, voulant la monnaie sans la fiscalité et l’économie sans le politique, a préféré l’hypocrisie au courage et à l’innovation.

Les gouvernants actuels ne semblent pas prêts à faire le choix de l’Europe, à consolider et amplifier des mécanismes qui sont pourtant les seuls à pouvoir garantir notre prospérité. Il apparaît donc clairement qu’il appartiendra à notre génération de relever ce grand défi et d’avoir l’audace de donner un second souffle à ce grand projet qu’est l’Europe.

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